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Les deux moines et la jeune femme

Conte Zen « Chao-Chou » - Les plus beaux contes Zen d'Henri Brunel aux éditions Points

 

Deux moines, l’un jeune, l’autre vieux, robes safran, crânes rasés, sandales aux pieds nus, rentrent en leur couvent un beau soir d’été.

« Notre journée a été longue et fatigante, frère Ushi, dit le plus jeune, mais nous avons bien honoré Bouddha, et récolté en mendiant notre content de riz et de pièces de cuivre. Le maître nous félicitera certainement ! »

« Oui…, fait distraitement le moine plus âgé, et il ajoute avec bonté : ne soyez pas inquiet, frère Toshibu, le maître apprécie votre zèle. »

Les saints hommes poursuivent leur voyage en silence. Soudain, au détour du chemin, une rivière barre la route. Sur le bas-côté, une jeune femme séduisante aux vêtements coûteux est assise sur une grosse pierre, et semble attendre du secours. Ni barque, ni passeur.

Le moins plus âgé, avec simplicité, prend la femme dans ses bras et lui fait traverser la rivière sans qu’elle se mouille le bout des souliers. La délicieuse créature le remercie d’un sourir et s’en va. Les deux moines continuent leur chemin. Long silence. Brusquement, n’y tenant plus, le jeune moine s’écrie : « Frère Ushi ! Ne savez-vous pas que la règle nous interdit strictement tout contact et tout commerce avec les femmes ! ».

Le vieux moine poursuivit son chemin sans répondre.

« Frère Ushi ! dit le jeune moine, qui s’échauffe, comment avez-vous pu porter dans vos bras une femme belle et parfumée, et lui faire traverser la rivière ? »

« Frère Toshibu, dit le vieux moine. Serait-ce que vous sentez encore le poids de cette femme ? Il y a pourtant longtemps que nous l’avons laissée derrière nous ! »


La femme adultère

Evangile de Jean 8, 2

 

Jésus se rendit à la montagne des oliviers. Mais, dès le matin, il alla de nouveau dans le temple, et tout le peuple vint à lui. S'étant assis, il les enseignait. Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère ; et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus: Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes: toi donc, que dis-tu ? Ils disaient cela pour l'éprouver, afin de pouvoir l'accuser.

Mais Jésus, s'étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l'interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. Et s'étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre.

Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu'aux derniers; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu.

Alors s'étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit : Femme, où sont ceux qui t'accusaient ? Personne ne t'a-t-il condamnée?

Elle répondit : Non, Seigneur. Et Jésus lui dit: Je ne te condamne pas non plus : va, et ne pèche plus.

 

Le miroir

Sublimes paroles et idioties de Nasr Eddin Hodja - Jean-Louis Maunoury – éditions Phébus libretto


En sortant de chez lui un matin, Nasr Eddin voit à terre les morceaux d’un miroir brisé. Il en ramasse un et s’y regarde.

Il se trouve un visage qui ne lui plait pas, des traits que l’âge a alourdis, un teint plutôt rougeaud, et ce nez en rostre, hérité du père Abdullah Effendi.

Dans sa fureur, il envoie promener aussi loin qu’il peut le fragment de verre :

-  Hors de ma vue ! s’emporte-t-il. Je comprends à présent qu’on t’ait jeté.


 



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